What’s my name (but from ‘from here to eternity’)

Dans la plâtrée des sujets sur lesquels je me suis penché à un moment il y a eu ça, « Comment les hommes qui (pensent ?) participe(r) à la lutte anti-patriarcale devraient se nommer », dans le grand ordre des choses, ce n’est pas exactement de vif intérêt ni particulièrement intéressant en tant que tel, mais puisque je me rends compte que j’ai changé d’avis plusieurs fois à ce sujet et que c’est toujours bon de faire un état des lieux à un instant I, voilà quelques lignes pour sortir ça de la liste des choses à traiter.

En fait je peine à voir cette question comme autre chose qu’une bonne vieille réappropriation de lutte (linguistique). C’est donner l’impression que la manière dont les hommes doivent s’appeler est importante pour le Féminisme, ce qui n’est je pense absolument pas le cas (ceci n’est pas la même chose que de questionner le fait que des hommes utilisent le qualificatif de féministe à tout va, ou d’autres qualificatifs). (bah alors pourquoi t’écris ce texte tartempion ?). Pour faire simple, les hommes de bonne volonté devraient en fait ne rien s’appeler du tout. Si ce qui nous occupe c’est « vaut-il mieux se dire  »homme féministe » ou  »allié » ou  »pro-féministe »… ? » c’est que notre intérêt vis-à-vis du féminisme et la lutte patriarcale se résume alors à l’amélioration de notre propre confort intellectuel et à une tentative de se faire remarquer par des personnes auquel on devrait plutôt essayer d’apporter notre soutien. C’est être plus occupés à dire et à dire sur soi, qu’à faire et à faire contre eux ou pour elles.

Qu’un homme se dise Féministe est malvenu (puisque le Féminisme est une lutte des femmes pour leur libération et que les intérêts des hommes y sont contradictoires – en tant que membre de la classe dominante, ils ne devraient simplement pas pouvoir se nommer comme celles de la classe opprimée), Pro-Féministe hypocrite (parce que c’est souvent une preuve de réflexion sur l’inadéquation du terme ‘féministe’ qui n’a pourtant pas dépassé le besoin d’avoir sa niche langagière de dominant) et Allié problématique (puisque c’est imaginer que cela se réalise par une catégorie ou identité et pas par des actes concrets). En tant qu’homme qui se voudrait sincère dans son aide à la lutte féministe, se concentrer sur la recherche d’un mot qui décrive au mieux son engagement témoigne juste de la vacuité de sa réflexion et plutôt d’un désir de se créer une place reconnue et reconnaissable dans un mouvement que l’on devrait savoir n’être pas pour soi.

Ceci ne veut pas dire bien sûr que discuter des termes et du sens de mots  »féministe »,  »allié »,  »pro-féministe », etc. soit inintéressant ou inutile, loin de là, néanmoins chercher comment des non-opprimés devraient se qualifier est je pense globalement inutile pour tout le monde puisque la lutte ne leur est pas destinée. Se nommer et nommer les autres est déjà un exercice de dominants (cf C. Delphy, « Classer, Dominer »), nul besoin de renforcer cette tendance. Je me suis moi aussi poser la question comme tout bon allié putatif en manque de sincérité, mais de fait cela oscille souvent entre pauvreté des enjeux réels et décentrage plus nuisible qu’autre chose. La seule position qui tienne est l’absence de dénomination par refus de mise en avant.

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