Régence des Sorcières

Cet article a pour double but de donner une  »rapide » vision d’ensemble du phénomène de la chasse aux sorcières en Europe moderne ainsi que d’adresser un point qui pour le cas spécifique de la France n’a semble-t-il été que très rarement mis en valeur (en tout cas je ne l’ai pas vu dans la production scientifique que j’ai lu). Tout ceci se base en grande partie sur l’œuvre de Robert Muchembled.

Je pense qu’il est important de noter en préalable que le ton va (malheureusement ?) être assez académique. Ce bêtement pour deux raisons : mes sources le sont et je m’en inspire largement ensuite tout ceci se base en bonne partie sur des travaux que j’avais moi-même fait à l’université. Je sais que cela peut-être rebutant et j’aimerais sans doute pouvoir faire autrement, mais voilà, socialisation quand tu nous tiens…

Tour d’horizon général

La chasse aux sorcières et les sorcières elles-mêmes correspondent à un phénomène européen qui a depuis longtemps intéressé les historien-ne-s, puisque au moins dès Michelet (milieu du 19e siècle) des analyses leur sont consacrées. Tout d’abord, quelques points thématiques d’ensemble vis à vis de ce sujet.

Contrairement à l’idée toujours très répandue dans la culture populaire, la chasse aux sorcières bien que pensée comme  »moyenâgeuse » n’a pas eu lieu durant l’époque médiévale mais durant l’époque moderne (c’est-à-dire grosso modo fin du 15e siècle jusqu’à la fin du 18e siècle). Elle prend pleinement appui dans les pensées de la fin de la Renaissance et prend son essor répressif principalement à la fin du 16e siècle. En tant que telle, sa durée est bien sûr très large parce qu’elle apparaît plus tôt dans certaines régions et continue encore tard dans d’autres mais pour faire simple, la période la plus intense de la chasse se trouve durant un siècle qui va de 1550 jusqu’à 1650 avec une activité plus importante au tournant du 16e siècle. Toute théorie du Long Moyen-Âge mise à part, la chasse aux sorcières a donc eu lieu dans la période de la Renaissance, que l’on nomme et décrit généralement comme  »humaniste » (oui oui ça fait mal à la pensée collective), et donc après la période féodale et plutôt au début de l’avènement de l’État moderne.

Ce moment comme bien souvent en histoire est à propos, puisqu’il s’agit d’une suite de conflits religieux et politiques (il s’agit de toute façon de la même chose). Pour faire un tour d’horizon européen de la question, en 1517, Martin Luther publiant ses 95 thèses marque le début de la Réforme protestante et par ses succès le début de la contre-réforme catholique, ceci, à bien des endroits, scinde l’Europe en deux. Les conflits religieux ont lieu bien sûr en France et en Angleterre ; en Allemagne (qui n’est pas encore l’Allemagne mais que l’on appellera ainsi par facilité), les tensions sont également présentes bien que peut-être plus diffuses. L’Espagne, elle, est impliquée dans la guerre d’indépendance des futurs Pays-Bas (à ce moment là les Provinces-Unies) qui oppose une monarchie catholique à une république protestante. Les conflits politico-religieux sont intenses et très meurtriers. À la fin de la période qui nous occupe, la guerre de Trente Ans éclate (1619-1649), guerre qui est de nos jours plutôt oubliée mais qui est largement considérée par les historiens comme étant la première guerre mondiale (1914-1945 étant appelée en retour la deuxième guerre de Trente Ans). La situation du moment est donc à la guerre sous influence religieuse.

Vers la moitié du 16e siècle a lieu le Concile de Trente qui lance la contre-réforme, c’est-à-dire la réaction catholique à la réforme protestante, c’est une réaction en bien des points violente et elle est très certainement, bien qu’indirectement, un élément important pour expliquer pourquoi la chasse aux sorcières se développe à la fin du 16e siècle.

La répression des sorcières s’inscrit dans un cadre de violence généralisée, violence politique, violence étatique, violence religieuse. Elle n’est qu’un élément spécifique (mais saillant) d’un contexte global qui prête à l’acte violent.

Et donc non la chasse aux sorcières c’est pas un truc du Moyen-Âge !

Durant cette période donc qui est la sorcière ? Tout d’abord, il y a une raison statistique à la féminisation du terme, puisque en général, les victimes des procès sont, toutes régions confondues, environ 80 % de femmes. Ce ciblage genré ne se retrouve pourtant pas de tout temps et est bien spécifique à la période moderne. En effet, à la toute fin du Moyen-Âge (fin du 14e, début 15e) il y a bien des traces de jugements pour sorcellerie, ainsi que pour Vaudoiserie (c’est à dire une forme d’hérésie spécifique que l’on confond juridiquement avec la sorcellerie). De ces jugements on peut néanmoins dire deux choses, c’est que leur nombre étant très largement inférieur à ceux des siècles qui suivent et que le pourcentage des hommes condamnés étaient bien plus importants, les deux sexes étant globalement à  »égalité » de ce point de vue. A l’époque moderne toutefois les femmes sont accusées de sorcellerie en bien plus grand nombre que les hommes et même si ces derniers sont généralement plus durement jugés, les femmes sont largement plus suspectées et arrêtées pour simples soupçons de sorcellerie (environ 6 à 7 fois plus). Les enfants sont également visé-e-s, mais les données genrées manquent un peu à cet égard, on notera que les seules petites filles (moins de 14 ans) ont été plus condamnées que les hommes adultes. Les femmes et jeunes filles sont donc les cibles privilégiées de la répression, ceci concorde bien avec la pensée du temps.

En effet, à partir de la fin du 15e siècle et tout au long du 16e (et bien après), la philosophie et surtout le droit européen devient de plus en plus misogyne, les femmes perdant peu à peu de nombreux droits, en particulier ceux issus des vieilles traditions dites barbares (qui remontaient au début du Moyen-Âge). La naissance progressive des États modernes a eu tendance à restreindre de plus en plus les droits des femmes et bien que les traditions locales les incluent toujours largement, une puissante dynamique misogyne est à l’œuvre depuis au moins le début du 16e siècle. La chasse aux sorcières est à cet égard une mise en pratique de ces théories et le ciblage des femmes n’est donc pas un hasard.

La sorcière est donc avant tout une femme, c’est aussi avant tout une figure du monde rural, certes, à l’époque moderne, celui-ci représente plus de 90 % du paysage européen, mais même en proportion, la ville est bien moins touchée par le phénomène répressif. La sorcière est donc bien souvent une habitante d’un village ou d’une petite ville, elle est bien sédentaire et pas vagabonde, c’est une figure connue de la population (et c’est d’ailleurs pour cela qu’on l’accuse elle). Bien souvent néanmoins et contrairement aux standards de l’époque, la sorcière est une femme seule, parfois célibataire, plus couramment une veuve. Environ la moitié des femmes condamnées étaient seules, ce qui est un nombre très élevé dans un univers où le mariage est une norme tout à fait écrasante. Parallèle au veuvage, les sorcières sont avant tout de vieilles femmes, de plus de 40 ans (encore une fois, il faut remettre cela dans le contexte de l’époque) ; à ce jeu-là, les hommes leur ressemblent, la plupart des condamnés sont pareillement seuls et vieux. Il est envisageable de considérer les célibataires comme des cibles  »privilégiées » du fait de leur solitude : on attaque des gens qui sont donc, à un endroit, isolé socialement.

La géographie aussi est importante : la chasse aux sorcières se développe dans certains pays et pas d’autres ; dans les pays touchés, certaines régions le sont notablement plus que d’autres. C’est la zone que l’on identifie maintenant comme la mégalopole européenne qui est surtout affectée, c’est à dire l’Angleterre du Sud-Est, le Nord-Est de la France, l’Allemagne de l’Ouest, le Nord de l’Italie (Venise en particulier), la Suisse et les Provinces-unies (c.a.d. le Bénélux). De manière peu attendue, l’inquisition espagnole (if you know what I mean) a eu tendance à restreindre le phénomène et ainsi la chasse aux sorcières fut nettement moins intense dans la Péninsule Ibérique. Ceci peut-être parce que la persécution est avant tout l’expression de tribunaux laïcs qui lui faisaient concurrence et contre lesquels elle a donc plutôt eu tendance à résister. Il y a eu des condamnations en Espagne et au Portugal, mais plus faibles en nombre et bien plus rarement à mort, l’exil étant plus courant (en même temps il fallait bien peupler les Amériques !).

À l’intérieur même de ces pays, on peut voir que certaines régions sont plus touchées que d’autres, les provinces du sud de l’Allemagne par exemple (363 procès entre 1570-1630 aboutissent à la mort de 2471 personnes), où le catholicisme est plus présent mais aussi en lutte d’influence directe avec les protestants, est bien plus vindicatif que d’autres. Pareillement en France, c’est la Lorraine, duché ultra-catholique qui fait figure de fer de lance de la répression contre les sorcières.

D’un point de vue culturel, la sorcellerie et la sorcière subissent une transformation à cette époque. D’un point de vue matériel, ce que l’on attachera le plus souvent à de la  »sorcellerie », c’est-à-dire des types de médecines parallèles, des pratiques issues des paganismes locaux (qui sont encore très présentes, parfois sous des oripeaux catholiques), l’enseignement traditionnel des sages-femmes, etc., tout ceci reste dans les faits les mêmes choses du Moyen-Âge à l’époque moderne. Ce que font de fait les pratiquants de sorcellerie ne changent guère, on les jugent souvent sur les mêmes faits d’un siècle à l’autre.

Notons à cet égard et ceci est extrêmement important que la  »sorcellerie » n’est pas réellement une pratique mais bien une condamnation. Je vais un peu contre mon gré (tenter de) faire du Foucault, mais il faut souligner que ce que l’on appelle  »la sorcellerie » est une pratique façonnée par les institutions judiciaires : ce sont elles qui décrivent certaines pratiques traditionnelles comme telles. Il va de soi, en particulier à l’époque où le christianisme était la norme en Europe, que les personnes accusées de sorcellerie ne faisaient pas ce qu’on leur reprochait dans l’idée de pratiquer la sorcellerie ! Ce sont bien les juges qui, voyant ces pratiques, les ont assimilées à quelque chose de magique. La  »sorcellerie » est une manière de décrire, percevoir et de réagir à des pratiques, pas une pratique précise en tant que telle. Il existait certainement quelques lunatiques sataniques convaincu-e-s, mais la grande majorité des  »sorcières » l’ont été parce que étiquetées comme telles. Les pratiques qui tiennent de la sorcellerie n’ont elles, pas changé d’un point de vue matériel, c’est plutôt le regard et la condamnation de ces pratiques qui s’est modifiée et qui surtout s’est durcit. C’est parce que le regard et l’attitude vis-à-vis des pratiques alternatives se sont transformée et parce que ces transformations de pensées avaient lieu parmi la bourgeoisie notable en charge de la justice laïque, que la chasse aux sorcières a pu avoir lieu.

Les juges en effet, sont dans ces jugements quasiment toujours des laïcs, les affaires de sorcellerie ne sont pas instruits comme des crimes spécifiquement religieux. Par contre, elles sont décrites comme un crime de lèse-majesté, c’est-à-dire une atteinte directe au Roi et/ou à Dieu, cela en fait donc un crime grave ce qui explique pourquoi les punitions sont aussi meurtrières. Le rôle des juges, l’avènement au 16e siècle d’une caste d’officiers de justice royale, n’est pas à négliger dans la persécution. Ces personnes se rattachent bien souvent au mouvement humaniste, Bodin, grande figure de la période en France, est l’exemple célèbre du juriste moderne misogyne dont la haine des  »sorcières » est bien connue. La diffusion des idées modernes coïncident avec l’accentuation des répressions dans ce domaine.

Le renouveau de la chasse aux sorcières est souvent rattaché au très célèbre ouvrage du  »Marteau des Sorcières » ( »Malleus Maleficarum »). Ce guide à l’usage de la chasse aux sorcières est un des premiers ouvrages largement imprimés et diffusés (à partir de la fin du 15e siècle). Ce qui importe donc plus, ce n’est guère que les pratiques de marges aient réellement évolué comme une résistance assumée à l’égard du pouvoir étatique grandissant, c’est bien plutôt l’inverse : le renforcement de ce pouvoir qui sous-entend une volonté de soulèvement des pensées dans des actes marginaux tout à fait locaux et sans réflexivité et qui les punit comme pour créer et marquer sa nouvelle importance. Il est donc important de voir que, ce n’est pas la vérité de l’état d’esprit des praticant-e-s et l’efficacité de ses actes qui comptent, ceux-ci sont bien souvent un simple argument pour rechercher des boucs émissaires aux périodes de crises, nombreuses en ces temps-ci. Comme auparavant (et encore maintenant) les lépreux, juifs et mahométans sont les éternels responsables de toutes misères. Les sorcières deviennent les coupables par défaut des crimes inexpliqués, des tensions locales qui s’aggravent à mesure que la période avance.

L’époque est en effet celle d’une accentuation des peurs réelles ou imaginaires. La figure du diable est de plus en plus présente et surtout de plus en plus présentée comme active, là où auparavant, elle servait surtout de repoussoir. L’action diabolique se retrouve maintenant dans des personnes elles-mêmes comme pour expliquer la montée irrépressible des crises démographiques, politiques et religieuses. L’époque moderne est en effet un terrible basculement vers un moment de guerres quasi-perpétuelles, guerres dont la violence est pour l’instant tout à fait inégalée. La peste noire de 1348 continue encore de faire des ravages (comme à Venise en 1577 et 1630), pareillement le climat est de plus en plus rude, les récoltes sont donc en conséquence de plus en plus fragiles à mesure que le 17e siècle avance. Dans un tel moment, le désir de trouver des responsables humains mais aux pouvoirs surnaturels est tentant et c’est la figure de la sorcière (plutôt qu’une sorcière réelle) qui fait office de bouc émissaire.

Notons pour finir ce tour d’horizon que bien que la répression ait été la plupart du temps particulièrement arbitraire, reposant sur des superstitions et surtout sur des dénonciations motivées en grande partie par la jalousie et la rivalité, notons que la mise à mort en cas de confirmation de la  »culpabilité » n’est pas automatique. Cela varie en fonction de la période et de la région, mais en moyenne, seule une grosse moitié (55 % environ) des condamnations étaient des mises à mort. Il n’y a donc pas un systématisme du bûcher ou de la pendaison bien qu’il s’agisse certes d’une fin courante. Le taux de mise à mort pouvait aisément atteindre les 90 % dans des régions comme la Lorraine, d’autres moins sévères ne dépassaient pas le tiers. Rappelons bien sûr que l’on traite ici de cas de lèse-majesté divine (ou au moins royale), qui est un crime d’une extrême gravité selon la juridiction de l’époque, il ne s’agit pas de diminuer l’horreur des exécutions, mais de souligner que le fait même de ne pas condamner à mort pour un tel crime est remarquable.

On estime que durant toute l’époque moderne, la chasse aux sorcières en Europe a occasionnée 110 000 procès ayant conduit à la mort de 60 000 personnes, dont un peu moins de 50 000 femmes et jeunes filles.

Le cas des régences en France à travers l’exemple du Nord

Le point qui m’a poussé a écrire ce qui n’est pour l’instant qu’un récapitulatif historique de la chasse aux sorcières, n’a je crois jamais été vraiment développé (en tout cas je ne l’ai jamais lu dans des livres ou revues scientifiques), non pas que cela soit réellement d’une brillance fulgurante mais cela me semblait être une sorte d’évidence au vu de la période et encore plus lorsque l’on regarde les chiffres des procès années par années (ou plutôt décennies par décennies vu qu’ils ne sont pas aussi précis). Cela consiste simplement à mettre en lien la personne au pouvoir avec les moments des pics de répressions et donc avec l’hypothèse que cela change peut-être l’intensité de la persécution (ou pas bien sûr).

On pourrait imaginer qu’il s’agit encore une fois d’une manière de remettre en avant la théorie des Grands Hommes : les dirigeants (et ici surtout les dirigeantEs) influenceraient directement, par leur existence même, sur la conduite de l’histoire de leur pays etc. En fait c’est un petit peu différent et cela a à voir avec une vision politique qui dominait à l’époque moderne, celle de la théorie organique du pouvoir. Pour faire simple, le pays et l’État est pensée comme un corps humain et chaque partie du corps y à un rôle à jouer, le tiers-état (qui n’était pas appelé ainsi à l’époque) est représenté par les bras et le corps qui agissent et le roi, la famille royale et les grands nobles en général sont la tête qui commande, le clergé peut-être pensé comme le cœur ou l’esprit. On a donc à la fois une idée pyramidale et essentialiste du pouvoir : c’est le destin de certains d’être en haut et celui d’autres d’être en bas. Comme dans la plupart des essentialismes, tout cela est bien sûr sensé être pour le mieux, car ainsi chacun sait ce qu’il a à faire, pas d’incertitudes et de doutes. Cela veut aussi dire que se rebeller contre cet état, c’est en fait mettre en péril tout le reste du corps et de l’organisation sociétale, il faut donc  »soigner » l’infection que sont les révoltes, c’est-à-dire amputer la source du mal. Tout ceci est une vision simpliste bien sûr, c’est juste pour donner une idée du cadre, qui mérite de mettre en lien les moments de persécution avec les spécificités des têtes couronnées du temps.

La zone la plus touchée par la persécution des sorcières et aussi sans doute la plus étudiée en France est le Nord Nord-Est. On a un bon nombre de chiffres à ce propos ce qui en fait un exemple saillant du phénomène, pour la France en tout cas et on va donc se baser sur cet exemple.

Lorsque l’on regarde les chiffres de la persécution, on se rend compte qu’il y a quelques pics et montées très clairs, pour les situer nous avons :

  • Une stagnation relative du 14e siècle jusqu’à la seconde moitié du 16e siècle avec des procès qui se comptent sur les doigts d’une main.

  • Un début de montée à partir de 1560, le nombre de procès augmente lentement jusque dans les années 1580.

  • Le premier pic a lieu durant les années 1590 avec une féminisation notable des victimes mais encore un peu en dessous de la moyenne finale (3 femmes pour 1 homme)

  • Après un certain apaisement dans la décennie 1600-1610, marquée également par un déclin important du taux d’hommes jugés, un second pic très important a lieu à partir de la décennie 1610-1620 avec un taux de femmes en jugement très important (plus de 30 femmes pour 1 homme).

  • Après un un second déclin, la reprise de la persécution a lieu vers les années 1640-1650. puis la chasse aux sorcières freine notablement dans les trois décennies qui suivent pour se terminer dans les années 1670 en France.

Maintenant voyons donc qui est et arrive ou pouvoir en France à ces moments là…

  • Catherine de Médicis devient régente en 1559, elle ne quittera jamais vraiment le pouvoir et son rôle dans la politique française ne diminuera guère jusqu’à sa mort en 1589. Son exercice du pouvoir est particulièrement marqué par le massacre de la Saint-Barthélémy (1572) qu’elle assumera en partie même si sa responsabilité n’est pas très claire dans cette affaire.

  • Henri IV arrive au pouvoir en 1589, protestant (qui se convertira plus tard au catholicisme), il est haï par une grande partie de la population, la France est en guerre civile jusqu’en 1598, par la suite, une importante œuvre de propagande durant la décennie 1600-1610 nous laisse plus ou moins avec l’image du Bon Roi Henri qui nous suit encore de nos jours.

  • Marie de Médicis devient régente en 1610 à la mort de son mari, elle est vue comme une figure influençable et influencée (à raison), sa régence directe se termine un peu avant 1620.

  • Une importante crise nobiliaire a lieu lors de la régence d’Anne d’Autriche (1643-1652), princesse venant du camp traditionnellement ennemi (l’Espagne), cette révolte des puissants se termine à la majorité du roi Louis XIV.

Il n’y a pas vraiment besoin d’être un génie du crime pour remarquer un lien entre intensification des persécutions et arrivée au pouvoir de femmes (Catherine et Marie de Médicis, puis Anne d’Autriche) ou d’une figure jugée hérétique (Henri IV). Que l’arrivée au pouvoir de telles personnes ait résulté d’une ambiance perçue comme décadente, qui se traduit par une poussée de la répression mais aussi lorsque le nouveau dirigeant est une dirigeantE, par une attention d’autant plus portée vers les femmes me semble tout simplement évident, bien que cela ne soit bien sûr qu’un élément sans doute minime d’explication.

La chasse aux sorcières résulte d’une angoisse de la bourgeoisie et en particulier de celle des terres ultra-catholiques. Cette angoisse se répercute dans des procès envers majoritairement des femmes qui servent de boucs émissaires à l’atmosphère de dépravation (perçue comme telle). Que la figure du pouvoir influe sur l’intensité de la répression me paraît on ne peut plus raisonnable, en particulier quand les nombres des provinces catholiques mettent cela en avant.

On peut analyser cela de manière simple comme un refus et/ou dégoût des élites notables catholiques que d’être dirigées par des femmes ou un protestant, ceci se traduisant dans une persécution plus féroce des  »sorcières » que l’on rend responsables.

Notons que cela n’est pas remarquable qu’en France : en Angleterre par exemple, la répression est importante à partir des années 1580 jusque vers 1600. Après un certain apaisement, il y a une reprise dans les années 1640. Cela correspond à la fois à la deuxième moitié du règne d’Elizabeth I, puis au moment de la Guerre Civile Anglaise lors du règne en terre anglicane du catholique Charles I. On a donc grosso modo les deux mêmes cas de figure qu’en France (Elizabeth étant néanmoins reine et pas régente) et les deux mêmes intensification de la violence à l’égard des  »sorcières ».

Voilà qui termine ce petit tour de la question de la chasse aux sorcières en Europe.

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