Vanité

Récemment est décédée l’auteure dont les écrits furent en quelques sortes les premiers livres féministes que je lus (en quelques sortes parce que ce sont les premiers que j’ai lu spécifiquement parce qu’ils étaient féministes). Et comme certain-e-s s’en seront douté-e-s il s’agit de Benoîte Groult et  »Ainsi soit-elle ». J’ai depuis parcouru de nombreux autres livres et sources féministes et on peut dire que mes idées ont plus ou moins divergé des préoccupations que développe Groult dans cet ouvrage, néanmoins il reste pour moi une excellente porte d’entrée au féminisme, mélangeant sérieux et légèreté, sans avoir le caractère ardu de certains excellents, mais parfois rebutant textes académiques.

Benoîte Groult est un cas singulier d’engagement politique sur le tard, en effet, né en 1920, elle a plus de 50 ans lorsque la ‘deuxième vague féministe’ débute en France. Preuve en est qu’il n’est jamais trop tard et que l’on est jamais trop vie-ux-ille

J’ai eu la chance de la voir et de l’entendre en personne, il y a quelques années lors d’un colloque consacré à sa vie et à son œuvre littéraire, qui ne se limite pas aux sujets féministes, ce alors qu’elle avait 95 ans. Il n’est pas rare d’être déçu lors de telle rencontre, la personne n’étant parfois pas perçu comme  »à la hauteur » de ses écrits, ou divergent de ceux-ci ; ce qui est sûr c’est que ce ne fut certainement pas le cas avec Benoîte Groult, dont le discours me replongea dans ses écrits, dont la lecture commençait à dater de quelques années alors. J’en garderais par cette unique rencontre l’image d’une femme certes fatiguée par l’âge mais toujours droite dans ses bottes et sûre de ses convictions, les énonçant clairement sans dévier d’un féminisme qu’elle a embrassé sur le tard certes (et qu’existait-il alors ?) mais avec pas moins de force que les jeunes femmes de l’époque.
Je sais qu’il est aisé de la décrire comme une figure d’une sorte de gauche-caviar, membre d’un féminisme blanc-bourgeois, ce qui n’est à certains égards peut-être pas entièrement faux. Pour ma part je me souviendrais d’elle décrivant les traitements lui ayant été infligés lors de sa jeunesse, paroles qui firent bondir de leurs sièges les femmes de l’assemblée (et moi avec elles pour le coup), traitements que beaucoup jureraient d’un autre âge (battue pour avoir parlé p-e), pourtant elle était là à nous les raconter. Je me souviendrais aussi de la manière banale, évidente, avec laquelle elle évoqua ses multiples avortements, dont certains qu’elle fit elle-même et seule, témoignant d’une résolution qu’on pourrait penser inhabituelle, mais qui semblait être selon elle le lot commun nécessaire des femmes de son époque, quelle que soit leur classe sociale.

Une grande femme en tout cas, pendant toute sa vie, et la voilà déjà partie…

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