Sur la non-mixité féministe militante

Si vous êtes un homme et que vous avez fait partie de groupes militants un peu radicaux, voilà une problématique à laquelle vous avez sans doute déjà été confronté. Comme c’est mon cas, je vais essayer d’en dire quelque chose de pertinent, car je sais que presque tous les moments et endroits où ça été mis en place, ça a posé problème (et là je veux dire les mecs militants ont posé problème).

(Précisons déjà qu’il ne sera pas question de transsexualisme, non pas que ce soit inintéressant, mais l’accueil ou non des transsexuel-les (qu’iels soient MtF ou FtM) dépend largement des cas spécifiques, ce qui compte ici c’est surtout ceux qui ne peuvent jamais participer à ces réunions non-mixtes, c’est à dire les hommes (regardez on parle de nous !))

Il est en quelques sortes amusant de voir, que parce que ce sujet tend à contrecarrer une des bases mêmes de la société (la mixité de genre), il est souvent reçu avec des réactions pouvant aller de la moue rageuse jusqu’au franchement violent. C’est aussi un excellent moment pour voir ce qu’il en est vraiment de l’engagement des hommes qui se disent féministes, pro-féministes ou termes similaires ; c’est parallèlement un instant pour essayer de sensibiliser plus fortement des camarades hommes, sinon peu intéressés à ces questions d’anti-sexisme, féminisme, lutte anti-patriarcale, etc. (mais dont vous pouvez être sûr qu’ils auront un avis sur la non-mixité femmes quand même).

Mais tout d’abord, qu’est ce qu’on en pense de cette non-mixité femmes ? Eh bien pour faire très simple, je crois personnellement que c’est un outil extrêmement important pour les féministes et que si ces dernières veulent mettre en place une réunion en non-mixité, ma foi les hommes, y compris les camarades ne devraient même pas ouvrir leur gueule là dessus, point

Si la lutte se fait vraiment par les opprimées, pour les opprimées, selon les moyens des opprimées, alors la non-mixité ne devraient même pas être un sujet qui doive se discuter.

Une des attitudes très communes et très révélatrices des hommes, c’est de juger que ces réunions sont organisées pour exclure les hommes. Se dire ça, c’est partir du principe que les féministes font des trucs spécifiquement pour embêter les hommes. Et bien figurez-vous que non, ces espaces sont bien fait avant tout pour les femmes et pas contre les hommes. N’oublions pas qu’il ne s’agit que d’un moment ponctuel, ou d’un lieu précis. Lorsque les féministes réclament des espaces non-mixtes, ce n’est pas pour se couper définitivement des hommes hein, c’est juste que l’oppression patriarcale étant une des rares oppressions induisant le fait que l’oppresseur et l’opprimée se côtoient presque tout le temps, il est nécessaire pour elles de créer des lieux ou des moments où cette oppression là sera absente (après il reste classe et couleur de peau rassurez vous…). Se dire que c’est pour exclure les hommes, c’est rapporter l’oppression sexiste sur sa propre situation masculine, c’est encore une fois, voir la situation exclusivement selon son propre point de vue de dominant ; comme si les femmes et les féministes ne faisaient rien qui n’avait de rapport avec les hommes. Il ne s’agit pas de nous ! Il est question pour elles de redéfinir l’espace public comme un espace plus safe. Penser qu’il est encore question des hommes, c’est jouer son rôle de dominant, pensant que toutes situations se rapportent inévitablement à lui, que rien ne se fait ici-bas sans qu’un homme ait à fourré son nez dedans.

Se croire opprimé par les féministes parce qu’elles organisent des moments non-mixtes, c’est clairement jouer le jeu de l’anti-féminisme et nier la réalité oppressive de classe qui est induite par le Patriarcat. Les femmes n’oppressent pas les hommes de manière systémique et la non-mixité n’a pas pour but d’embêter les hommes. C’est aussi dire qu’au final, d’accord, le féminisme c’est bien, mais qu’il faut qu’elles utilisent des moyens que les hommes approuvent. Encore une fois, l’oppresseur joue bien son rôle, c’est à dire qu’il limite l’opprimée dans ses choix et ses possibilités. Je me permets de penser que si les féministes ne faisaient que des actions « men-friendly » c’est pas un mouvement qui irait bien loin (à quand la lutte des classes « medef-friendly » ?).

Si vous êtes un vrai pro-féministe, que la lutte contre le Patriarcat vous tiens réellement à cœur, que vous êtes réellement empathique vis à vis de la souffrance des femmes, alors c’est votre devoir non seulement de résister aux sirènes patriarcales et d’intenter un procès de misandrie aux féministes, elles qui oseraient tenté de mener les luttes selon leurs propres volontés, mais en plus vous devriez supporter ces initiatives, quitte même à proposer à côté des groupes non-mixtes masculins (mais ça c’est une autre problématique).

Ce que révèle l’opposition des hommes militants aux réunions non-mixtes, c’est finalement qu’ils sont tous anti-sexistes et féministes quand ça ne les affecte pas et que ça ne remet pas en cause leur confort. Mais dès lors qu’on leur dit qu’ils ne pourront pas participer à ça, qu’ils ne sont plus les bienvenus ici, c’est le branle-bas réactionnaire à la sauce de « et ma liberté », « mais moi je suis gentil (sob) », « misandrie castratrice ! » et j’en passe. Mais dites vous cela : vous êtes pour la liberté, mais c’est pas vous qui subissez les rappels sexistes dans les lieux militants ; vous êtes gentil et féminist-friendly sauf lorsqu’elles remettent en cause vos privilèges ? (du coup vous êtes pro-féministes quand ?) ; c’est de l’horrible misandrie, mais combien de réunions sont composés de fait exclusivement d’hommes, combien de tours de parole sont-ils accaparées par les hommes ?

C’est pour cela qu’il est encore et toujours question de privilège. L’espace publique est façonné par et pour les hommes, les femmes y sont, comme ailleurs pensées des subalternes. Dans la rue comme dans les espaces militants, les femmes subissent le harcèlement masculin, le regard inquisiteur des hommes, la potentielle violence sexiste qui n’élèvera à peine un sourcil chez les camarades mecs. La non-mixité, c’est un outil parmi d’autres pour faire éclater cette bulle oppressive et pour créer un espace sûr pour les femmes : pour qu’elles puissent discuter sans avoir à réprimer le fait de dire des paroles violentes envers un camarade ou un ami, sans risquer qu’un mec minimise sa souffrance, sans risquer qu’un type accapare la parole ou les coupent intempestivement. Les espaces de non-mixité, c’est un moment qui existe pour montrer l’anormalité oppressive des instants de tous les jours.

C’est un outil primordial pour les femmes qui ne remet même pas en cause la mixité ordinaire. Si vous êtes réellement contre toutes les oppressions, alors en tant qu’homme, vous devez en profitez pour déconstruire ce privilège et et soutenir ces réunions sans juger de l’intention de celles qui l’organisent.

Et puis bon, lorsqu’une de vos copines organisent une « soirée-filles » et que vous pensez que ce sera ragots, tupperware et cie, ça pose rarement des problèmes, mais dès lors que c’est politique, c’est inadmissible ? Les réactions négatives aux réunions non-mixtes féministes montrent que finalement, déconstruire ses privilèges c’est pas si facile…

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